Le Dauphiné (18-8-2000)

 

La voie du juste milieu

 

Lors de la soirée consacrée aux religions et à la laïcité organisée au théâtre dans le cadre de l'université d'été de I'Institut des hautes études islamiques, les intervenants musulmans ont souligné la nécessité du lien entre le pouvoir temporel et spirituel.

 

De quelle manière les religions, et notamment la religion musulmane, peuvent-elles s'intégrer dans l'espace laïque et républicain ?

C'est à cette question qu'ont tenté de répondre mercredi soir au théâtre du Cadran les participants de l'université d'été de l'institut des hautes études islamiques. Un institut composé de chercheurs, de professeurs ou encore d'avocats français et italiens basés à Embrun depuis 1984 et devenu aujourd'hui une référence à l'échelle européenne en ce qui concerne la réflexion sur l'Islam. De nombreux membres de cette association, qui prône un oecuménisme actif, participent d'ailleurs, avec les représentants des cinq grandes mosquées françaises et des personnalités représentatives, aux commissions mises en place par le ministère de l'Intérieur, également chargé des cultes, afin de définir la place de l'Islam dans la République. Une République qui veut briser aujourd'hui le cercle des occasions manquées tout au long du siècle avec les musulmans de France, comme l'a expliqué Bernard Godard, chargé du bureau des cultes et représentant Jean-Pierre Chevènement.

"Il faut faire en sorte qu'on retrouve au sein de la communauté française une communauté musulmane capable d'assumer son propre, destin". En préambule à la soirée, Alain Bayrou posait déjà les balises des débats à venir. Bientôt rejoint par Yahya Pallavicini, président de l'Institut, qui posait quant à lui la question des relations nécessaires qui doivent exister entre le monde islamique et I'Occident contemporain. "Il ne s'agit pas de créer une sission entre un Orient `primitif' et un Occident représentant L'ère moderne. Mais bien d'éviter le repli frileux dans les ghettos confessionnels, qui mènent vers l'intégrisme, ainsi que la sécularisation de la richesse islamique. Nous pr6nons la voie du juste milieu qui nous permet de vivre ici et maintenant dans le monde qui est le nôtre", a commenté M. Pallavicini.

 

Une laïcité d'échange

Le fait de suivre cette voie médiane et extrêmement modérée est en tout cas vivement encouragé au niveau gouvernemental où l'on a conscience qu'il existe de la part de beaucoup de monde (qu'il s'agisse des pouvoirs publics, des élus ou de la population) une méconnaissance profonde de l'Islam. Ainsi qu'une méfiance trop souvent difficile à dissiper après les malentendus véhiculés ces dernières années par les violences intégristes. "Il est important de répéter qu'aujourd'hui la majorité des musulmans sont français et qu'ils sont des citoyens à part entière, a commenté Bernard Godard pour qui de musulman dans La République doit pouvoir pratiquer sa religion à l'image des autres. C'est pourquoi nous avons initié un processus dans lequel L'État apparaît, afin d'engager une réflexion pour construire quelque chose. Nous sommes là aussi pour aider les structures associatives dans le cadre de la loi de 1905 relative à La séparation des cultes et de l'État". "En fait, les préoccupations des musulmans sont les mêmes que les autres et touchent surtout ce qui concerne la pratique du culte", a indiqué le représentant du ministre de l'Intérieur.

Car comme l'a signalé M.Darolles, représentant de la grande mosquée de Lyon, au bout du compte, le croyant, musulman ou non, "doit ouvrer dans la société pour le bien de tous. La communauté, c'est la société toute entière", a-t-il expliqué, en mettant en avant qu'il n'y avait rien de contradictoire à se référer au pouvoir temporel, qui permet d'agir sur l'ordre social dans l'esprit de la "res publica" (la chose publique) et dans le champ de la laïcité, et au pouvoir spirituel, qui permet d'accéder à la connaissance de Dieu. De fait, "la laïcité peut se définir dans un contexte de pluralisme culturel et religieux, a commenté ensuite le père Fournier, prêtre gapençais et professeur de théologie. Cette laïcité est indispensable pour construire le débat public. Elle doit aussi être une laïcité d'échange nécessaire au processus démocratique et républicain. " Selon lui, il ne fait aucun doute que les croyants sont des citoyens et qu'à ce titre la République, qui reconnaît la liberté des cultes, doit valoriser cette citoyenneté.

Il reste comme l'avait mentionné auparavant le représentant du ministre de l'Intérieur que le souci des musulmans français est de pouvoir pratiquer leur culte et leurs rites dans des conditions décentes, à I'instar des autres grandes religions monothéistes. A ce titre, il est clair que les musulmans de France souhaitent la création de davantage de lieux de culte dignes de ce nom car "la mosq2cée possède un aspect fonctionnel et symbolique qui doit être visible de tous. En revanche cette mosquée n'est pas ouverte qu'aux musulmans, mais à tous ceux qui veulent y entrer et la visiter':

Lors de cette soirée consacrée aux religions dans l'espace laïque, l'Institut des hautes études islamiques a en tout cas démontré très clairement que la religion musulmane pouvait parfaitement s'intégrer dans la laïcité préconisée par les lois républicaines. Et que la tolérance était une vertu qui se devait d'être commune aux religions et à la République.

Georges AUBRY -  L'université d'été se poursuit ce soir à Embrun sur le thème de la spiritualité et du symbolisme au moyen-âge et aujourd'hui.