LA PRESSE DE TUNISIE, 1 novembre 2005

 

Engagement pour le dialogue des civilisations

 

La Presse - Le lauréat du prix international du Président de la République pour les études islamiques est, cette année, M. Yahya Sergio Yahe Pallavicini. Le prix qu’il a reçu récompense en particulier l’ouvrage qu’il a publié l’année dernière en langue italienne sous le titre: L’Islam en Europe - Réflexion d’un imam italien.

Italien, M. Pallavicini est cependant né musulman. Il est en effet le fils d’un Italien qui a embrassé la religion musulmane au lendemain de la Seconde Guerre mondiale suite à une recherche en religion comparée qui l’a amené, à l’époque, à rencontrer des savants musulmans.

Sa mère, japonaise, s’est également convertie à l’Islam dès avant son mariage.

Le livre qu’il a écrit se veut “le témoignage d’un musulman européen qui veut aider ses concitoyens à mieux connître l’Islam et à dépasser les préjugés établis par le colonialisme, l'orientalisme et la globalisation”.

La méthodologie adoptée consiste essentiellement, précise l’auteur, a “s’ouvrir à une grande honnêteté intellectuelle” pour reconnaître que chaque culture a une identité propre: “0n ne peut pas juger l’autre avec nos propres standards. Il faut écarter autant l’exclusivisme que l’homologation globale”. Un équilibre dont il admet qu’il est “très difficile!”: “C'est le respect de l’unité dans la diversité, sans tomber ni dans le relativisme ni dans le syncrétisme”.

Signalons ici que l’ouvrage en question comporte deux préfaces, la première du ministre italien chargé des Affaires européennes, M. Roccò Buttiglione, et la seconde du président de l’Union de la communauté juive italienne. Ce qui traduit une “volonté de montrer un esprit de dialogue, une façon de concevoir un respect mutuel, un engagement fraternel, une connaissance véritable, pour contribuer ensemble à la réalisation d’une coexistence pacifique”.

Un autre aspect de l’ouvrage se rapporte à la crise de la communauté musulmane contemporaine “Une crise liée à la décadence et à l’immobilisme de la pensée islamique”. Ce qui donne lieu à des “façons erronées de concevoir la confrontation avec le monde contemporain non islamique, la relation entre tradition islamique et modernité, entre culture arabe et culture européenne...”

Une attitude qui, ellemême, débouche soit sur la “ghettoisation”, soit sur l’assimilation. Dans les deux cas, il y a risque de perdre son identité. “Or l’identité part de la force de la foi et de la connaissance de la doctrine, sans aucune interprétation littéraliste”. L’engagement au service du renouvellement de la pensée islamique peut d’ailleurs s’appuyer sur des périodes fastes de l’histoire. M. Pallavicini évoque à ce propos le Moyen Age, cette époque au cours de laquelle les savants musulmans entretenaient un échange intellectuel intense avec des penseurs comme le juif Maïmonide, ou le prince Frédéric II, celle encore de figures comme Ibn Arabi ou de rencontres comme celle entre Saint François d’Assise et le sultan El Malik El Kamil.

Réagissant à l’événement que représente le prix qu’il vient de recevoir, l’imam de Milan considère qu’il s’agit d’un “acte symbolique” par lequel le Président Zine El Abidine Ben Ali a voulu reconnaître dans son ouvrage les signes d’un possible renouvellement de la pensée islamique qui amène à la rencontre intercivilisationnelle et à la confrontation constructive...

“C’est nous musulmans qui devons jouer ce rôle. Pas seulement en tant que médiateurs, mais aussi pour prendre la responsabilité d’une nouvelle qualification des intellectuels musulmans pour le bien de la communauté islamique, pour la solution de la crise au Moyen-Orient….”

L’exemple des prophètes et des saints nous montre que leur combat n’était pas facile.