LE RENOUVEAU, 1 novembre 2005

 

“L’Islam n’est pas une idéologie politique mais une dimension de l’être…”

 

- Yahya Sergio Yahe Pallavicini, comment avez-vous épousé l’Islam?

- Je suis né musulman. Mon père s’est converti en 1951, après la Seconde Guerre Mondiale, à la suite d’une recherche dans le champ de la connaissance spirituelle. La guerre l’avait bouleversé comme tant d’autres, et l’étude des religions composées l’avait amené à l’Islam. Ensuite, il a épousé une japonaise qui s’est également convertie.

Mon père, qui est très actif dans le dialogue interreligieux islamo-chrétien avec le Vatican m’a transmis cette soif- là de la connaissance.

C’est en ce sens que j’essaie de prendre la responsabilité de l’Islam authentique en Europe, en montrant l’héritage intellectuel de l’Islam, sous un autre jour, le confrontant avec l’identité religieuse contemporaine.

Le but est de rehausser les principes de l’Islam authentique et de contrecarrer les dérives et les interprétations littéralistes, formalistes d’un côté, et la méconnaissance et les préjugés que certains européens ont vis-à-vis de l’Islam.

Nommé par le ministre de l’Education nationale en 1997 comme responsable d’une communauté pour l’éducation interculturelle, j’ai travaillé pour le ministre des Affaires culturelles sur le partenariat euro-méditerranéen. Et l’année dernière, j’ai publié un ouvrage: “L’Islam en Europe” - aux éditions Saggiatore (2004) -, avec une préface du ministre italien pour les relations avec l’Union européenne, Rocco Buttiglione, et une préface écrite par le président de la communauté juive en Italie. L’intention est de montrer par le dialogue, par la confrontation, par une rencontre de haut niveau intellectuel, d’échanges entre les monothéistes, que la paix est possible. Œuvrer en vue de permettre la valorisation de la rencontre entre les civilisations, pour une connaissance meilleure de l’Islam; soit avec les autres religions, soit avec les peuples.

Mais toujours dans le développement, la continuité de l’histoire.

Parce qu’il faut gérer cet héritage, ce patrimoine qui date de 14 siècles qui est né en Orient, mais qui est bien présent en Occident.

Parce que j’estime que Ies intellectuels doivent témoigner pour les immigrés en Europe, mais aussi pour leurs concitoyens.

L’exemple, et le soutien qui nous a été donné par le Président de la République Zine El Abidine Ben Ali, à cet égard, pour contribuer à un enrichissement de la pensée islamique, et de la valorisation l’image des musulmans, pas seulement en Méditerranée, mais aussi en Europe, et lnchallah au Moyen-Orient et dans le monde, nous conforte dans cette responsabilité.

- Croyez-vous que la confrontation, éclairée, des religions permettra d’instaurer un jour la paix au Moyen-Orient?

- C’est une responsabilité que les intellectuels, les responsables politiques, les guides des trois religions, en Europe et dans la Méditerranée, doivent prendre. Et j’espère, pour ce qui me concerne, que ce travail peut aider les jeunes au M.O ne serait-ce que du point de vue de l’éducation. Parce que cela est très porteur par la suite. Forcément.

En outre, les excellentes relations que j’entretiens avec toutes les parties prenantes, me permettent d’espérer toujours.

Oui, cette paix est possible, mais c’est une tâche ardue. Il faudra du temps, de la persévérance et de la tolérance pour y parvenir…

- Abstraction faite de la transmission naturelle par vos parents, qu’est ce qui vous a poussé à vous approfondir dans les études islamiques?

- C’est sûrement l’influence de l’éducation que j’ai reçue par mes parents. Une recherche d’approfondissement intellectuel, une soif de la connaissance, qui m’a aidé à prendre conscience que la méconnaissance et les préjugés, sur des hommes et des femmes comme moi et vous sont liés à une absence et à un manque de disponibilité, de la part d’un certain nombre de gens, en Europe ou ailleurs.

Je me suis dit: essayons de voyager, de rencontrer des personnes d’aùtres religions, d’autres peuples, pour justement approfondir notre identité.

Qu’est-ce que ça veut dire être musulman aujourd’hui en Europe?

Ce n’est que par la confrontation, l’échange et la recherche intellectuelle que les choses, petit à petit, vont se développer.

En ce sens, jamais je n’aurais imaginé que je serais là en Tunisie, à recevoir le prix international de la république pour les études islamiques.

C’est un prix qui m’honore. Cela veut dire qu’il ne faut jamais se décourager et travailler dans la perspective de développer la pensée religieuse.

Il faut donc considérer deux approches différentes. Aux musulmans, je dirais qu’il faut avoir l’humilité, et la soif de connaissance, pour réorienter d’une façon méthodologique, notre tradition islamique.

D’un autre côté, il faut isoler tous les fondamentalismes où l’on mélange la foi avec les intérêts territoriaux ect.

Il faut retrouver la pureté de la doctrine, avec un engagement dans le monde contemporain.

Et c’est l’unité entre l’héritage traditionnel et la responsabilité civile qui permettra de retrouver une harmonie dans la foi tout en étant ouvert au monde. Du “Batin” au “Dhaher” je dirais.

Permettre de réactualiser l’exemple du prophète, en passant par une manière éclairée de vivre cette foi. Mais il ne faut absolument pas faire de la nostalgie et se complaire dans un conformisme, fut-il moderne, fut-il laïc.

Car le danger est d’abandonner le sens de notre tradition islamique, le sens de la foi.

C’est un véritable combat intellectuel, pour atteindre une certaine harmonie spirituelle.

Mais c’est l’homme et la femme qui doivent retrouver le nouvel écho de cette révélation.

Au mois de Ramadan par exemple, on entend toujours du Coran. C’est le même, mais il ne faut pas le réduire à une sonorité. L’Islam n’est pas une idéologie politique, mais une dimension de l’être.

Le jour où on pourra retrouver cette dimension de l’être, on parviendra à valoriser la rencontre des civilisations et des croyances, pour fonder un monde meilleur.

Il ne faut surtout pas se renfermer dans un engagement émotionnel; on est là pour combattre les préjugés et l’influence du mal.

Il faut renforcer la force de la foi pour nous permettre de contrecarrer les initiatives de l’adversaire, qui tente de contrer toute forme de dialogue entre les peuples et entre les religions.

En substance, si l’on réduit le Coran à un texte-littéral, on en aura perdu le sens et la signification symbolique.

C’est l’absence d’une ouverture intellectuelle qui est la cause de la crise de la civilisation islamique.

Et l’orgueil aussi. Les musulmans ont oublié le sens de la piété. Il faut être disponible et ouvert au monde, à l’autre, aux autres religions.

En somme, la tolérance comme base, et le respect mutuel dans la vérité. “Dieu est vérité”, qui se manifeste dans la multiplicité des formes, dans le judaïsme, le Christanisme et l’Islam.

Si chacun retrouvant l’intégrité de la vérité, il retrouverait les veritables base, de la paix dans le monde...