Sermoni

Viaggio notturno

« Gloire à Celui qui a fait voyager Son serviteur de nuit depuis la mosquée sacrée jusqu’à la mosquée la plus lointaine, dont Nous avons béni les alentours, afin de lui montrer certains de Nos signes. Il est Celui qui entend, Celui qui voit. »

Surat al-Isra’, XVII, 1


Ô croyants dans le Seigneur du jour et de la nuit, Celui qui est Dhu al-ma’arij, Celui vers Qui mènent les voies d’ascension.

Bienvenus à ce dernier jumu’a du mois sacré de Rajab 1441. Allah, le Seigneur du temps, nous a donné les douze mois, et parmi ces douze mois, certains sont sacrés par rapport aux autres. Ce sont des mois durant lesquels les croyants musulmans et musulmanes ont la possibilité chaque jour de recevoir une baraka spéciale propre à ce mois. Rappelons-nous donc de prier avec cette niyya et remercions Allah pour cette rahma particulière et précise.

Le mois sacré de Rajab abrite en son sein une nuit et un jour, le 27e , d’après la Sira Nabawiyya, au cours duquel Allah a « fait voyager Son serviteur de nuit depuis la mosquée sacrée jusqu’à la mosquée la plus lointaine, dont Nous avons béni les alentours, afin de lui montrer certains de Nos signes ».

Ecoutons bien la parole d’Allah : Subhana alladhi asra bi ‘abdihi. Une prière, une invocation est prononcée de façon claire : « Gloire à Celui qui a fait voyager Son serviteur ! »

« Gloire à Celui qui a fait voyager Son serviteur de nuit depuis la mosquée sacrée jusqu’à la mosquée la plus lointaine, dont Nous avons béni les alentours, afin de lui montrer certains de Nos signes. Il est Celui qui entend tout, Celui qui voit tout. » Voici l’évocation d’un voyage extraordinaire, dans lequel Allah nous révèle la condition intérieure et la qualité propre du voyageur. Il nous donne le point de départ et le point d’arrivée. Il nous enseigne la voie à suivre et la méthode du voyage.

Il nous décrit le déroulement du voyage et ses effets sur le voyageur. Il nous dévoile le But ultime du voyage. La condition intérieure, la qualité propre du voyageur, c’est la ‘ubudiyya, la servitude spirituelle parfaite. C’est Allah qui fait voyager Son serviteur, ce n’est pas le serviteur qui décide ou qui réussit à voyager de lui-même. Car le propre du serviteur est de n’avoir aucune autonomie ni prétention individuelle. Il n’agit pas en son nom propre, mais grâce à son Seigneur. Il se consacre entièrement et exclusivement à Son service. Il s’efforce de faire Sa volonté en espérant Son agrément.

Le voyage commence à al-masjid al-haram, le lieu de prosternation et de sacralisation, et finit à almasjid al-aqsa, le lieu de prosternation le plus lointain par rapport à l’origine.

Recherche de la proximité divine et conscience du sacré correspondent à la méthode et à l’itinéraire. Plus le voyageur avance, plus la distance avec le lieu d’origine augmente. C’est ainsi que se mesure le rapprochement.

Au fur et à mesure que le voyage progresse dans cette voie de la servitude, Allah fait descendre Ses bénédictions sur le voyageur et autour de lui, Il ouvre ses yeux et son coeur à la vision de Ses signes. Li-nuriyahu min ayatina.

Bénédiction et vision sont les effets du voyage, mais pas encore son But ultime. La prosternation est un moyen et non la fin. Les signes révèlent Celui qui est derrière, au-delà, Huwa, Lui. Innahu huwa al-sami‘u al-basir. « En vérité, Il est Celui qui entend tout, Celui qui voit tout. »

Allah manifeste à Son serviteur Ses signes miraculeux et Ses Qualités sublimes, Il Se fait connaître à lui dans Sa transcendance et dans Sa proximité : Subhana alladhi asra, « Gloire, Transcendance à Celui qui a fait voyager ! » commence le verset. Et il se conclut par : Innahu huwa al-sami‘u albasir. « En vérité, c’est Lui qui entend et qui voit. »

Le But ultime du voyage est Allah Lui-même, et la fin réside dans le mystère de Son amour. « Mon serviteur ne peut se rapprocher de Moi par une chose meilleure à Mes yeux que ce que Je lui ai prescrit comme œuvres obligatoires. Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis son ouïe avec laquelle il entend, sa vue avec laquelle il voit, sa main avec laquelle il saisit, et son pied avec lequel il marche. S’il Me demande Je lui donne, et s’il cherche refuge auprès de Moi, Je l’accueille. » (Bukhari)

Chers frères et sœurs,

Le récit du voyage nocturne et de l’ascension céleste du Prophète () commence lorsque celui-ci est réveillé par l’ange Jibril, et qu’il abandonne aussitôt sa couche heureux et plein de joie. Le Prophète dormait heureux et plein de jour près de la masjid al-haram, la mosquée sacrée de La Mecque, mais des choses et des signes bien plus élevés encore l’attendaient !

« Par l’étoile quand elle décline, votre compagnon ne s’est pas égaré et n’a pas erré. Il ne parle pas selon son impulsion. Ce n’est qu’une révélation qui lui est révélée. Celui qui a la force prodigieuse [i.e. Jibril] la lui a enseignée, Détenteur de la puissance, qui se tint en équilibre, alors qu’il [i.e. Muhammad] était à l’horizon supérieur. Puis il s’approcha et demeura suspendu. Il était à la distance de deux arcs, ou plus près encore. Dieu révéla à Son serviteur ce qu’Il lui révéla. Le cœur n’a pas menti sur ce qu’il a vu. Douterez-vous de ce qu’il voit ? Et certes il l’a vu lors d’une autre descente, auprès du Lotus de l’extrême limite, là où se trouve le Jardin du Refuge. Lorsque le Lotus fut recouvert pas ce qui le recouvrit, le regard n’as pas dévié et n’a pas transgressé. Certes il a vu certains des plus grands signes de son Seigneur. » (Cor. LIII, 1-18)

Allah ordonna au Prophète la prescription de la salat à la fin de sa rencontre extraordinaire et indescriptible avec le Seigneur des mondes. Allah prescrit alors au Prophète cinquante prières par jour. Quand le Prophète redescend, il rencontre Musa qui lui conseille de demander au Seigneur un allègement (takhfîf) de cette charge, car, selon lui, les musulmans ne seront pas capables de l’accomplir. Muhammad retourne auprès d’Allah faire sa demande, et Allah diminue la charge de cinq prières. Muhammad, sur le conseil répété de Musa, reviendra à plusieurs reprises demander une nouvelle diminution, jusqu’à ce que la charge quotidienne soit restreinte à cinq prières. Allah dit alors : « Ô Muhammad, elles sont cinq prières chaque jour, mais chacune en vaut dix, et celui qui l’accomplit, la valeur de dix prières lui est inscrite, ce qui fait cinquante prières. Quiconque a l’intention de faire une bonne action et ne la fait pas, une bonne action lui est inscrite, et s’il la fait, dix lui sont inscrites. Quiconque a l’intention de faire une mauvaise action et ne la fait pas, rien ne lui est inscrit, et s’il la fait, une seule mauvaise action lui est inscrite. » En redescendant, Muhammad retrouve Musa qui lui suggère de remonter encore une fois auprès d’Allah pour obtenir de Lui un allègement. Mais là le Prophète s’abstient, et dit : « J’aurais honte de retourner à nouveau devant mon Seigneur. »

Le Prophète demanda à Allah un allègement, de 50 à 40 à 30 à 20 à 10 jusqu’à arriver à la limite de cinq prières. Ces cinq prières, si elles sont accomplies avec l’intention pure et droite, valent comme 50 prières. Pourquoi le Prophète n’a-t-il pas demandé tout de suite une diminution de 50 à 5 ? Le Prophète nous enseigne la délicatesse, la mesure, la patience, le rythme, l’adab, la meilleure façon de s’adresser à notre Seigneur, et surtout, la crainte d’Allah. Par crainte d’Allah, le Prophète ne demande pas une réduction et s’arrête à cinq. Il y a une limite au-delà de laquelle on ne peut aller.

Si Jibril avait accompagné le Prophète au-delà du septième ciel, il aurait été incendié par la lumière, et c’est ainsi qu’il devait abandonner le Prophète pour la dernière partie du mi’raj. Et pourquoi ne peut-on pas aller plus proche que la distance de deux arcs ou moins encore ? On ne peut pas audelà, il existe une limite dans le Sidrat al-muntaha, le Lotus de l’extrême limite ! La miséricorde d’Allah est infinie mais pour nous Il a posé des limites à respecter, et il y a en cela également une grande miséricorde. Nous ne pouvons pas faire tout ce que nous voulons, penser ce que nous voulons et décider d’aller ou de rester comme la mentalité du monde d’aujourd’hui enseigne. Dans la vie nous devons nous arrêter et ralentir quand c’est nécessaire, nous lever et chevaucher quand c’est nécessaire, sans inverser les temps et l’ordre sur la base d’impulsions ou de suggestions.

En ces temps de confinement et d’épidémie, où même le sanctuaire de La Mecque est fermé, nous sommes appelés à poursuivre, là où nous sommes, le voyage intérieur et l’ascension spirituelle qui nous sont promises.

Le Prophète a dit : Al-salatu mi’raj-ul-mu’min. « La prière rituelle est le mi’raj, l’ascension spirituelle du croyant ». La prière rituelle, al-salat : la prière est l’ascension pour tout croyant musulman. Parmi les cinq piliers de l’islam, c’est le seul pilier à avoir été révélé par Allah au Prophète non sur terre où nous sommes, mais en un lieu lointain, le plus lointain, dont les alentours bénis s’étendent jusqu’aux sept cieux, et puis encore au-delà jusqu’aux océans infinis, et puis encore au-delà des voiles qui entourent le Trône d’Allah, et puis encore plus lointain, au-delà de ces voiles, à une distance de « deux arcs ou plus près encore » d’Allah. Fa-kana qaba qaysayni aw adna. C’est là qu’a été prescrite la salat que nous faisons chaque jour, alhamdulillah.

Dans l’attente de pouvoir commémorer la nuit d’al-Isra’ wal-Mi’raj, remercions et saluons notre bien-aimé Prophète avec les mêmes formules traditionnelles que nous récitons à la fin de chaque prière rituelle, et qui nous rappellent les moments extraordinaires de communications célestes avec les anges dans la Présence divine : At-tahiyatu lillahi was-salawatu wat-tayibatu, al-salamu alayka ayyuhan-nabiyyu wa rahmatullahi wa barakatuhu, al-salamu alayna wa ‘ala ibadillahi s-salihin, ashhadu an la ilaha illa Allah wahdahu la sharika lahu, wa ashhadu anna Muhammadan abduhu wa rasuluhu.


Imam Abd al-Wadoud

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